Vannes, 21/11/10, installation PFF Vannes. Luc 23, 35-43 ; Col 1, 12-20 ; Ps 23. Le paradis ! on en rêve ! Le paradis, une autre réalité qui n’a rien de terrestre mais où chacun espère vivre, enfin, dans l’au-delà,ce qui sur terre lui a toujours échappé. Le paradis, un lieu délicieux de béatitude extrême, qui a donné son nom à de nombreux établissements joyeux certes, mais peu recommandables… Baudelaire l’a recherché artificiellement, là où beaucoup ont trouvé l’enfer… Le paradis ! un rêve si beau, n’est-ce pas la réponse imprécise à l’angoissante question : où va-t-on après la mort ? Pour y répondre, depuis la nuit des temps, les religions l’ont imaginé ce paradis. Le mot « paradis » est d’origine perse : paradaiza. C’est un jardin planté d’arbre où l’on entretient des animaux. Le mot est devenu paradeisos en grec, puis le latin a fait « paradis ». Dans les religions anciennes, babylonienne puis grecque, le « paradis » est un lieu de séjour bienheureux après la mort. Au 2 siècles avant Jésus-Christ, la bible hébraïque est traduite en grec pour la bibliothèque d’Alexandrie. Les traducteurs, tous scribes juifs, ont traduit le mot « jardin », que cela soit l’Eden ou d’autres jardins comme celui du cantique des cantiques, par le mot grec « paradis ». Au temps de Jésus, le paradis pour la croyance populaire, est ce lieu caché où les morts attendent la résurrection. Arriver au « paradis » n’a donc rien d’un retour au temps anciens : pas de paradis perdu à retrouver. N’oubliez pas que Dieu lui-même, après avoir chassé Adam et Ève de l’Eden, en a interdit le retour en plaçant deux griffons devant l’entrée. Une façon de dire : l’important n’est pas de revenir vers ton origine, mais bien d’avancer : « Va ! Quitte ton pays, quitte le lieu de tes origines et va. Va vers ton lieu, va vers le lieu que je te montrerai » dira le Seigneur à Abraham… Tu es libre de ton destin, avance vers ton avenir ! C’était déjà une nouveauté au milieu des religions anciennes qui, comme la pensée grecque, niaient la résurrection. Cette nouveauté s’enracinait dans la vision biblique de la création. Les anciens sages d’Israël comprenaient le temps du monde avec un 1er jour et un dernier. Le temps se déploie jusqu’à son dernier jour, non pas vers une fin, un anéantissement, mais vers un accomplissement : le jour du seigneur, le 8ème jour, jour éternel d’une réalité nouvelle. Tout l’inverse du mythe de l’éternel retour, ou du retour au paradis perdu dans la folle danse fatale de l’éternel recommencement. Le « paradis », est devenu ainsi un lieu d’attente du jour du Seigneur : la résurrection ! Et puis le paradis a été colonisé par l’Église au moyen âge. L’Église y contrôle l’entrée par un soi-disant Saint Pierre qui pèse les mérites. Pour une visite guidée et détaillée sur ce paradis moyenâgeux, il faut lire Thomas d’Acquint. Mais comme il ne s’appuie sur aucunes données bibliques et que nous le savons, il n’y est jamais aller, ce ne sont là que spéculations intellectuelles, des projections de l’imaginaire justice humaine. La spéculation du moyen âge a conservé les affirmations des religions anciennes, en situant le paradis après la mort physique : On meurt et on entre en paradis ! Dans cette spéculation imaginaire, le paradis se conjugue avec l’enfer. Le paradis, réservé aux fidèles et aux justes, est donc un lieu de béatitude et de contemplation de Dieu. Ce paradis moyenâgeux a perdu son caractère transitoire. Il n’y a plus de place pour ce jugement dernier et pour la résurrection. On y abouti après la mort, et c’est pour l’éternité. Cette supposée connaissance fait apparaître un visage de Dieu assez terrible : Dieu est un Dieu qui pardonne oui, mais sous conditions ! Qu’est devenu le salut gratuit et inconditionnel de Dieu notre père offert en Jésus-Christ ? Qu’est devenue la bonne nouvelle de l’évangile ? Chers amis, quand on parle de « paradis », soyons de vrais protestants : revenons aux fondamentaux, la lecture et la méditation du seul texte biblique. Laissons de coté les spéculations de Thomas d’Aquino et des religions anciennes. Ouvrons notre bible et tout d’un coup, quel étonnement : Nous ne trouvons le mot « paradis » que trois fois dans tout le Nouveau testament. Une seule fois dans les évangiles, et c’est dans ce texte que nous méditons aujourd’hui. Plus encore, nous l’entendons de la bouche même de Jésus, parmi ses dernières paroles. Interrogeons-nous : Une seule mention du mot « paradis » dans la bouche de Jésus, alors que tout au long des évangiles il ne cesse de parler de son royaume ! Chers amis, Luc l’évangéliste n’écrit jamais rien au hasard. C’est un auteur qui pratique avec art la langue grecque et en connaît la culture. S’il choisit de n’employer qu’une seule fois le mot « paradis » dans l’ensemble de ses écrits, et s’il l’utilise là dans le récit de la crucifixion, dans une parole de Jésus, c’est qu’il a quelque chose d’important à signifier à ses lecteurs. Il s’adresse à des communautés chrétiennes pour lesquelles le mot « paradis » avait une signification. Il emprunte donc ce mot au langage populaire pour mieux capter l’attention et rejoindre chacun dans sa culture. Luc ne veut pas ici donner une connaissance, un savoir sur ce que serait le paradis, mais bien rejoindre ses lecteurs là où ils en sont de leurs représentations de l’au-delà de la mort. Il veut rejoindre leurs questionnements et leur faire découvrir quelque chose de nouveau. Quelque chose delà bonne nouvelle de Jésus-Christ. Revenons au dialogue entre Jésus et le malfaiteur : Ce dernier n’a rien d’un « bon larron » comme on l’appelle trop souvent ! S’il est là, ce n’est pas parce qu’il serait bon, mais bien parce qu’il est coupable… et il se reconnaît lui-même coupable devant l’innocent Jésus. N’est-ce pas dans cet aveu que commence le chemin de la foi ? Il s’adresse à Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton royaume ». Cet homme, vient dans sa lucidité, de reconnaître implicitement la royauté de Jésus. Les soldats posaient la question, l’écriteau affirmait dérisoirement « celui-ci est le roi des juifs » , le malfaiteur le croit fermement, et il demande, non à être un sujet de ce royaume, mais seulement que son nom ne soit pas oublié. Que son souvenir reste inscrit quelque part, dans le cœur de Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton royaume » . Cet homme semble consentir à la mort, et c'est à la vraie vie qu'il s'ouvre. Il renonce à l'immortalité, à la vie garantie sur contrat, pour s'ouvrir à la nouveauté d'une vie que même la mort ne peut atteindre. Jésus meurt à coté de lui : Quelle dérision ! Quel avenir de roi lui reste-t-il encore ? La foi du malfaiteur demande un avenir à quelqu’un qui, à vu humaine, n’en a plus. Et la réponse de Jésus nous interpelle : À la demande d’un royaume demain, Jésus répond le « paradis » aujourd’hui. Et c’est là que toutes les croyances humaines sur l’au-delà sont bouleversées. C’est aujourd’hui que tu seras avec moi ! Je n’attends pas demain pour te répondre dit Jésus. Aujourd’hui, ici et maintenant, Tu seras avec Moi. Le malfaiteur demandait un souvenir, Jésus lui promet un avenir. Les paroles de Jésus changent le contenu du mot « paradis ». Il l’assimile désormais au royaume. Ce royaume, ce paradis dont Jésus ouvre la porte, n’a plus rien d’un parc animalier. Il n’a plus rien d’un bonheur jamais vécu sur terre. Ce paradis n’a plus rien d’un lieu d’éternelle contemplation de la gloire de la divinité. Ce paradis, c’est le lieu des relations renouvelées : C’est là où TU es avec MOI, et là où JE SUIS avec toi, toi et moi vivants, et ça commence ici et maintenant… nous ensemble, tous les deux sur ces croix. Tel est le chemin parcouru par Dieu du premier jour jusqu’à la croix. Tel est le chemin rendu possible à l'homme, de son enfermement sur lui-même jusqu’à la communion. Non pas à force de volonté ou d'efforts, mais seulement par la force dérisoire d'un mot, d'une parole. Par la seule force d'une invitation : C’est aujourd’hui que tu seras avec moi ! Là est la foi : Mon Seigneur en croix, m'appelant encore à un à-venir, quand tout semble compromis. Ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui. Et cet aujourd’hui, la mort n’a pas le pouvoir de le détruire. Ce paradis que tu espères est mon royaume, dit Jésus, un royaume de vivants, un royaume de relations renouvelées, une vie avec le Christ qui continue dans l’éternité. La nouveauté d’une vie que même la mort ne peut atteindre. Par ces paroles, Jésus annonce à cet homme rencontré aux dernières lueurs de son regard un avenir certain, déjà là, éternel. Il demeure pour moi un mystère : comment Luc a-t-il eu connaissance de ce dialogue entre Jésus et le malfaiteur ? Car si on se représente la scène de la crucifixion, personne ne pouvait approcher les suppliciés. De plus Luc n’était pas un contemporain de Jésus. Pourtant, ce récit, c’est Luc qui nous le rapporte et par lequel nous sommes édifiés. J’aime à penser que comme Luc le dit au début de son évangile, il a longuement enquêté, et longuement médité le sens de la vie et de la croix du Christ. Ne faut-il pas voir ici le témoignage de la foi de Luc ? Lui-même n’a-t-il pas interrogé son propre cheminement, sa propre histoire ? Ce dialogue intime qu’un jour il a eu avec son sauveur ? Peut-être a-t-il trouver les mots de ce récit pour nous dire sa rencontre avec le sauveur. N’a-t-il pas interrogé ses propres sentiments en contemplant Jésus le crucifié, l’innocent injustement châtié ? Alors, je veux voir dans ces quelques lignes un témoignage de la foi de Luc, et partant, un modèle pour notre témoignage. Nos contemporains traversent aujourd’hui la même angoisse ancestrale : quel sens a tout ceci ? Se questionner sur le sens, n’est pas cela la quête spirituelle ? Nous qui avons entendu la promesse, et qui avons crus, nous qui comme le malfaiteur avons été accueillis par le crucifié dans une vie nouvelle, saurons-nous répéter les mots uniques que le Christ a prononcés sur chacun de nous ? Interrogeons notre propre parcours, enracinons-nous sur ce don reçu, et trouvons les mots, les gestes, les engagements, la parole, l’accueil, parfois la simple présence, qui dirons l’écho de cette parole entendue dans la nuit, rien qu’une voix qui disait du bien et qui nous a ouvert la porte.
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