Pontivy, 10/10/10 Lc 17, 11-19 ; 2Ti 2, 8-13 ; 2Ro 5. Pourquoi y a-t-il si peu de monde dans nos temples…? Pourquoi, quand on a fait le catéchisme à tant d’enfants, ne les voit-on plus après ? Pourquoi, quand l’évangile a été prêché avec tant vigueur la foule ne vient-elle pas dans nos murs rendre gloire à Dieu ? Pourquoi cette désaffection des Églises ? Nous savons pourtant ici, tout le bon que l’on retire de l’évangile ! … La liste des « pourquoi » est longue… Et on peut vraiment passer son temps à se lamenter… à rester sur notre déception… Déception à l’encontre de ceux qui ne sont pas là, au risque de lasser ceux qui sont là ! Déception stérile car dévalorisante pour les présents, et qui n’atteint pas les absents. Chers amis, aujourd’hui, je voudrais vous inviter à regarder la déception de Jésus, peut être cela renouvellera-t-il notre déception, la réorientera, la rétablira à sa juste place. … Jésus vient de faire son boulot de guérisseur : 10 lépreux ont été purifiés ! ça fait bien dans les statistiques ! En d’autres récits de miracles, Jésus prend le temps de se réjouir avec ceux qui l’entourent. Le temps d’une réjouissance qui n’est pas contentement de soi, mais louange : « Réjouissez-vous ! Parce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Une joie qui ne s’intéresse pas qu’au résultat (au diable les statistiques), mais plutôt action de grâce devant les merveilles de Dieu à l’œuvre dans les vies. Dans notre texte, pas de joie. Jésus est tristesse, déception, avec peut-être une pointe de colère -on le comprend ! Cette déception est profonde, aussi viscérale que l’émotion qui le prend aux tripes quand ces parias l’interpellent, des exclus, qui n’ont pour seul nom et pour seule nation que ce mot « lépreux ». Il vient de leur permettre d’être guéris. Un seul est revenu : le samaritain. Si Jésus, dans un premier temps se lamente sur l’absence des neufs autres, il n’en reste pas là. Son cri, n’est-il pas détresse, exprimant une incompréhension. Un cri comme sur la croix : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi… ». Même pour lui, le Fils de Dieu, faire le bonheur de l’autre, provoquer la foi chez l’autre, c’est impossible. … Avoir foi au Christ, partager la foi de Christ, c'est s'en remettre à un Dieu qui refuse toute tyrannie sur les vies et sur les consciences. Le Dieu de Jésus-Christ, notre Dieu, est un Dieu qui propose et jamais n’impose. Le détour par le texte de Luc qui nous fait découvrir un Christ déçu peut nous éclairer sur ce qu'est « RECEVOIR LA FOI ». … Dix ont été guéris, un seul a reçu foi... ! La foi, ce n'est pas de l'ordre de l'apparence, ce n'est pas ce que l'on peut faire constater chez le prêtre. La foi, ça ne se mesure pas, ça ne s'examine pas, ça ne s'évalue pas. Tous ont été guéris. Tous espéraient l'être. Tous ont crié vers Jésus, et il les a TOUS pris en compassion. Son ventre s'est noué face aux membres recroquevillés, rognés par la maladie. Il s'est ému face à l'impossible existence de ces dix-là : Lépreux, intouchables, rejetés hors de toute vie sociale. Et Jésus ne l'a pas supporté. Il les renvoie, dans leur attente, dans leur logique : allez vous montrer à qui de droit. Le miracle n'aura pas lieu devant lui. La guérison ne surviendra que sur le chemin de l'hôpital. La guérison pour ces dix-là c’est ce qui doit arriver quand on va voir un médecin guérisseur, plus ou moins puissant : celui-là a bonne réputation. Et Jésus n'a guère le choix : Ou les guérir, et finalement se laisser prendre à leur jeu, leur attente d’un geste magique, leur superstition en un dieu abracadabra. Ou les laisser dans leur situation de paria. Bref, comme tous les miracles, ce moment de la vie de Jésus est comme une entorse, un détour, inévitable mais encombrant pour sa véritable mission. Inévitable, car c'est la marque même de sa compassion, de son émotion, de son humanité. Encombrant, car il demeure dans la continuité de l'attente naturelle de ces hommes. Il occupe la place d’un dieu qu'ils avaient déjà. Il les conforte dans une attente passive et servile vis à vis d'une divinité toute puissante. D'ailleurs, c'est bien ce qui se passe : Guéris, ils continuent leur chemin, ils vont chez le prêtre comme on leur a été dit. Ils suivent les prescriptions religieuses. Ils demeurent dans l'ordre établi. Ils ont désormais le statut d'ex lépreux guéris. Nouvelle vie ! Mais rien de changé dans leur monde : les malades sont toujours à la place des malades, les médecins toujours à la place des médecins, les prêtres toujours à la place des prêtres,Dieu est Dieu, nom de Dieu et chaque chose est à sa place. Rien n'a changé... sauf pour un, et qui pourtant était étranger, et peut-être même ennemi religieux des juifs. Allez savoir pourquoi, c'est celui-là pour qui quelque chose a changé ! Peut-être justement parce que quelque chose n'était plus à sa place : lui qui ne pouvait rien attendre de bon d'un juif avait été guéri ?! Mais pour ce Samaritain, quelque chose a changé. Quelque chose a fait événement dans sa vie. Quelque chose a été manifestée, au-delà de ses attentes. Quelqu'un a marqué sa vie, de façon incompréhensible. Et il revient sur ses pas. Il revoit sa vie autrement. Il revient pour louer Dieu, mais c'est vers Jésus qu'il se tourne. Il revient en louant Dieu, et se prosterne devant Jésus. Ce Samaritain, à la place de ses idées sur dieu, a mis un visage sur Dieu. Le visage du Christ rencontré, Jésus qui refuse de s'attribuer les mérites de la guérison : "N'y en a-t-il que cet étranger pour rendre gloire à Dieu ? " (Et non à lui, Jésus.) … Cet étranger a rencontré Dieu. Non pas le dieu de ces attentes. Ou plus exactement, pas seulement, pas vraiment le dieu de ses attentes. Mais un Dieu qui lui a changé la vie. Un Dieu qui l’a fait revenir sur ses pas... … Il n'y a pas d'autre foi, que d'avoir été rencontré... Nous avons tous des idées de dieu. Nous avons tous des attentes quant à Dieu. Nous avons tous un petit monde plus ou moins bien rangé autour de nous. Et puis, il arrive, qu'au détour d'un chemin, qu'au détour d'une maladie, qu'au détour d'une étrangeté, il arrive qu'une parole soit pour nous révélation, qu'une parole soit pour nous événement, rencontre. Sur notre chemin, un verset, une prédication, une parole entendue à l'École Biblique, une parole même parfois oubliée, un jour fait sens, et fait qu'on prend alors sa vie à contresens. Existence bouleversée ! Chemin à rebours : conversion ? Faut-il donc tout ce parcours pour que quelqu’un reprenne le chemin de la foi ? Chemin qui pourrait le conduire dans un lieu où l’évangile est annoncé, un temple peut-être, ou une Église, ou n’importe quel endroit où deux ou trois sont assemblés au nom du Christ ? … Je crois que nous l’avons oublié. Héritiers que nous sommes de la foi automatique qui se transmet de génération en génération, nous avons oublié que la foi n’a rien de naturel, que la foi n’est pas inscrite dans nos arbres généalogiques. La foi, c'est ce retour en arrière, cette rupture, cette fin de l’automatisme de la religion. La foi, c'est d'avoir été rencontré contre toute attente. La foi, c'est trop lié à la liberté pour pouvoir être imposé ni même transmis. Je ne suis pas maître de l'événement, pour l'autre. Me taire, c'est le priver de cette opportunité. Et les pierres, elles-mêmes crieraient. Mais contraindre, confondre loi et foi, comportement et vie, alors ça, je ne le peux. Ou alors ma foi, n'est pas celle de Jésus-Christ. Ou alors ce que je prétends être foi, n'est pas confiance au Dieu qui a préféré mourir plutôt que de s'imposer. … Ce chemin, c’est à chacun de le parcourir, et nous ne pouvons le faire à la place de nos frères, et sœurs en humanité. Mais Attention ! Personne ne prononcera à notre place les paroles de l’évangile, personne ne témoignera à notre place de Jésus-Christ, sauveur du monde. N’attendons pas que le temple soit plein pour annoncer l’évangile ! Amie, ami, si tu es triste de voir si peu de frères et de sœurs venir rendre gloire à Dieu, souviens-toi de la déception de Jésus devant l’absence des neufs lépreux. Laisse le Christ te rejoindre au cœur de cette déception qu’il a lui-même éprouvé. Laisse le te dire la résurrection au-delà des pourquoi. Et surtout, surtout ! Réjouis-toi de la présence du dixième qui est assis à coté de toi et qui vient rendre gloire à Dieu avec toi.
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