Culte de Pâques 2009 à Vannes Prédication d’Isabelle Fievet, Pasteur aumônier à la prison de Rennes Jean 20, 19-31 En écoutant bien le récit de Jean, on peut remarquer une première chose : à chaque fois que Jésus vient au milieu de ses disciples pour leur annoncer la paix, les disciples se trouvent dans une situation d’enfermement. Par deux fois, Jean précise que les disciples sont réunis dans une maison aux portes fermées. Au-delà des portes fermées parce qu’ils avaient peur des juifs, ce sont aussi les cœurs et les esprits qui sont fermés. Les disciples sont comme enfermés dans la prison de la peur et du doute. Quand on nous dit qu’ils ont peur des juifs, il ne faut pas entendre que les disciples, qui sont eux-mêmes juifs, ont peur de leur propre peuple : quand Jean emploie l’expression « les juifs », il désigne les autorités religieuses, c'est-à-dire les prêtres, les docteurs de la loi, ceux qui ont le savoir et qui s’en servent pour exercer un pouvoir sur les consciences. Face à la puissance et à la respectabilité de tels gens, les disciples se sentent anéantis. Et il faut dire qu’ils ne pèsent pas lourd. Leur cause a été balayée et ils craignent sans doute les représailles. Ils ressentent jusqu’au plus extrême leur propre faiblesse et cela les emmure dans le désespoir. Ils sont considérés comme des hérétiques, comme des sectaires, ils sont dans la position de toutes les minorités que le pouvoir dominant persécute à cause de leur manière de croire. C’est vrai que deux mille ans de culture chrétienne nous ont fait oublier que le christianisme, au départ, c’était seulement une poignée d’individus sans aucune influence sur la société ! La foi se jouait vraiment sur le terrain d’une décision personnelle à prendre face à Jésus. Il n’était pas question à ce moment là de valeurs chrétiennes, de philosophie de vie ou d’éthique. Il s’agissait beaucoup plus simplement, et aussi plus radicalement, de se positionner en tant qu’individu face à Jésus et de décider si, oui ou non, on acceptait de reconnaître en lui le Seigneur… Mais peut-être les choses ne sont-elles pas si différentes aujourd’hui ! Il est bon de se souvenir que la foi est toujours une décision personnelle, et qu’il ne s’agit jamais de suivre une mode ou de se laisser porter par un courant d’opinion. D’une certaine façon, la foi est toujours minoritaire et elle nous appelle bien souvent à nous situer à contre-courant des idées établies. La foi n’est pas qu’une consolation, elle est aussi une contestation. Mais les disciples n’en sont pas encore là. Et surtout, laissés à eux-mêmes, ils sont incapables de relever la tête et de sortir de leur enfermement. Il faut que le christ en personne vienne se frayer un chemin jusqu’au cœur de leurs craintes les plus intimes pour qu’ils puissent se redresser et sortir de leur prison intérieure. Désormais, ils sont appelés à vivre comme des envoyés ! « Comme mon père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Etre disciple de Jésus et vivre de la force de sa résurrection, c’est se découvrir à un moment donné rejoint par une parole de paix, une parole libératrice, qui permet de se redresser lorsqu’on est courbé, qui permet de sortir lorsqu’on est enfermé. La première fois que Jésus se manifeste à ses disciples, ils sont enfermés par crainte des puissants. Mais peut-être que ce qui leur fait peur, au fond, c’est d’être eux-mêmes dans une position de faiblesse. On a jamais aussi peur d’un puissant que quand on se sent soi-même faible. Quoiqu’il en soit, la parole que Jésus adresse à ses disciples leur permet de vaincre cette crainte, c'est-à-dire ne pas craindre leurs propres faiblesses et ne pas redouter le pouvoir des puissants. Ce pouvoir n’a pas été assez fort pour retenir le Christ dans la mort. La résurrection du Christ vient attester que le pouvoir des puissants est limité. Croire à la résurrection du Christ, c’est nous mettre à l’écoute de sa Parole qui nous envoie dans le monde, au lieu de rester enfermés en nous-même. Voilà qui nous donne une grande liberté et une grande audace. Et voilà qui peut nous permettre de lutter avec courage contre toute forme d’asservissement dans le quotidien de nos vies. Je ne parle pas seulement des grandes causes médiatiques pour lesquelles il est finalement assez facile de se mobiliser, du moins en pensées sinon en actes. Je parle de choses moins ambitieuses, moins spectaculaires, mais d’autant plus réelles. L’asservissement quotidien, qui passe dans les petites choses, les détails insignifiants, comme le mensonge et l’indifférence, le fait de ne pas tenir une promesse, refuser d’écouter celui qui nous parle, vouloir le bien de l’autre à sa place, se taire dès que quelqu’un parle plus fort que nous, même s’il dit des choses injustes, toutes ces petites lâchetés du quotidien, desquelles nous rendons les autres esclaves, où desquelles nous nous rendons esclaves nous-même. D’une manière générale, croire en Christ ressuscité, c’est se décider avec courage pour la vie, quand céder à la tentation de la mort serait si facile. Mais que veut dire au juste se décider pour la vie ? Je crois fermement que dans ce combat ordinaire qu’est la foi, se décider pour la vie, c’est croire que la vie vaut d’être vécue malgré les difficultés, malgré la pression des puissants quels qu’ils soient, malgré la peur et la méfiance, malgré la maladie et le désespoir, malgré les injustices de toutes sortes. Croire que la vie vaut d’être vécue, même si cette vie est en effet souvent difficile et toujours vulnérable. Croire en somme que la vie vaut le coup, même si cette vie est aussi fragile qu’un brin d’herbe, que le moindre souffle peut courber à tout moment. Ainsi, croire à la vie que le christ ressuscité nous promet, ce n’est pas se réfugier dans une citadelle imprenable où l’on serait à l’abri des coups durs, où l’on serait enfin tout puissant et hors d’atteinte de tout ce qui pourrait nous blesser et nous faire souffrir. Non, croire à la vie éternelle que Dieu nous offre, c’est au contraire nous engager pleinement dans cette vie terrestre qui est la nôtre. Cette vie fragile et boiteuse, cette vie imparfaite, cette vie exposée aux coups du sort, cette vie qu’il nous faudra bien quitter un jour, c’est pourtant bien cette vie là que Christ nous appelle à aimer. C’est pour cette vie là qu’il nous appelle à nous décider. Peut-être ma vie est-elle pleine de défauts, d’imperfections, mais elle n’en est pas moins ma vie, ma vie unique et singulière, ma vie précieuse, la vie qui m’a été donnée, la vie que je suis appelé à vivre malgré tout ce qui au fond de moi me conduit à penser qu’elle n’est qu’une suite de déceptions et d’échecs. La vie que le Ressuscité nous offre n’est donc pas une vie rêvée qui ne serait que le fruit de nos fantasmes. C’est bien la vie réelle qui est en jeu – Et d’ailleurs, dans notre récit, à chaque fois que le Ressuscité se fait reconnaître comme Seigneur par ses disciples, que fait-il ? Il leur montre ses mains et son côté. Il leur montre la marque des clous et la blessure de la lance. Autrement dit, il leur montre les signes de sa vie terrestre, de sa vie incarnée, de sa vie risquée. La résurrection ne vient pas effacer la croix, comme si tout d’un coup Dieu reprenait ses billes. Au contraire, la résurrection nous reconduit à la croix. Reconnaître le Ressuscité, c’est reconnaître en lui le Crucifié. Autrement dit, ce Jésus rejeté, discrédité par les puissants, c’était bien lui le Christ, le fils de Dieu. Ce Jésus méprisé et insulté à cause de sa faiblesse et de sa vulnérabilité, c’était pourtant bien lui le seigneur envoyé par Dieu pour nous libérer du péché et de la mort. Ce Jésus incapable de se sauver lui-même, c’était pourtant bien lui le sauveur. En ressuscitant le crucifié, Dieu nous dit ceci : sortez de vos enfermements, guérissez de vos aveuglements, dépassez vos peurs. Arrêtez de croire que votre vie terrestre n’est pas une vraie vie. Arrêtez de vouloir à tout prix passer pour des vainqueurs, des puissants, ne restez pas enfermés en vous-même en essayant d’éliminer en vous tout ce qui vous rend humains. Arrêtez de passer à côté de vos vies en refusant toujours de prendre des risques : ce n’est pas parce qu’on fait des erreurs qu’on pèche. Au contraire, la force du péché, c’est de nous faire croire que nous n’avons pas le droit à l’erreur. La force du péché, c’est de nous faire croire qu’il faut être irréprochables pour que notre vie ait un sens. Etre esclave du péché dans les termes bibliques, c’est justement se vouloir sans péché et se renfermer en soi-même dans la crainte d’être un jour pris en flagrant délit d’humanité. De même, être aveugle c’est justement croire qu’on voit clair, et être mort c’est croire que l’on est vivant alors qu’on fait juste semblant, pour épater la galerie, pour masquer nos faiblesses et nous mentir à nous même. C’est de tout cela que le Christ ressuscité veut nous libérer. C’est dans cette guerre perpétuelle contre nous-même et contre nos fragilités qu’il nous dit : « la paix soit avec vous ! » afin que nous soyons réconciliés avec cette vie, afin que nous ayons l’audace de croire à la vie malgré tout. Le Christ nous dit aujourd’hui à chacune et à chacun : « la paix soit avec vous ! ». Puissions nous le croire sur parole et vivre sur cette Parole. Nous pourrons être alors relevés de nos tombeaux et découvrir que non seulement il y a une vie après la mort, mais bien plus : il y a une vie avant ! Amen !
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