Vannes, 5/09/10 Proverbes 8, 32-36 ; Philémon 8-17 L’esclavage était le fondement même de la société Gréco-romaine : la Grèce, puis Rome en particulier lui durent leur éclat et leur force. Toute la stabilité sociale et économique reposait alors sur l'esclavage qui était organisé et règlementé : le maitre doit respecter son esclave, le protéger, le nourrir, le loger, ainsi que sa famille. Il possède également sur lui et sa famille droit de vie et de mort. Remettre en cause ce statut social, c'était fragiliser l’équilibre économique et social de la société et ébranler le plus stable de tous les empires de l'Histoire. La loi prévient tout ce qui pourrait remettre en cause le principe même de l’esclavage : un esclave en fuite était recherché comme un criminel et sévèrement punit. Celui qui lui portait assistance, qui l’hébergeait chez lui encourrait une sévère amende. Cependant, cet esclavage n’avait rien à voir avec ce qu’avait subit les hébreux en Égypte : la violence y était volontaire et permanente dans le but d’épuiser et d’asservir jusqu’à l’élimination. L’esclavage de l’empire romain est un esclavage soft, dirons-nous. Un esclavage raisonné, durable, qui ne vise pas à l’élimination de l’esclave mais à son utilisation. Est-il pour autant moins violent quand il prive de liberté et de dignité des hommes et des femmes, non des citoyens à part entière, mais des non personnes soumises au bon vouloir d’un maitre ? Chers amis, cette organisation de la société de l’époque est un exemple de ce qu’on appelle une violence institutionnelle ou violence structurelle. Il s’agit de toute violence liée aux structures sociales ou économiques. C’est une violence indirecte, anonyme, sans acteurs concrets. Aujourd’hui par exemple, la précarité d’une partie de la population est une violence dont aucun sujet n’est personnellement responsable. Elle est liée à un certain mode de répartition inégalitaire des richesses, aux injustices permanentes, à l’exclusion d’une partie de la population. Il n’y a pas de coupable, mais il y a des victimes. Cette violence structurelle peut engendrer une violence révolutionnaire qui elle-même déclenchera une violence répressive qui renforcera la violence structurelle pour maintenir l’équilibre sociale et économique et ainsi de suite. Une grosse erreur pour lutter contre cette violence structurelle est de vouloir désigner des coupable… l’affairiste pris la main dans le sac, ou le groupe humain que l’on désigne comme responsable de toutes ces violence… il ne s’agit que d’autre stratégies qui renforcent la violence. Alors quelle action appropriée devant la réalité et les conséquences d’une telle violence structurelle ? Les acteur de la non-violence savent par expérience que c’est sur le long terme, en nombres d’années de travail en profondeur à tous les niveaux de responsabilités de la société. La lettre de Paul à Philémon est un exemple à notre niveau, de mode de contestation de la violence structurelle que représentait l’esclavage de son époque. … Philémon, l’ami à qui Paul écrit la fameuse lettre à Philémon avait un esclave : Onésime. Philémon, le maître = en grec, ça veut dire « l’aimable, l’agréable » et Onésime, l’esclave = en grec, ça se traduit par « Utile ». Ils ne se sont jamais regardés autrement que comme maître et esclave. Pour le premier, Onésime est un non humain, une non personne. Pour le second, Philémon est son maître de droit divin qui a sur lui et sa famille droit de vie et de mort. Philémon qui est un bon gars, avec des sentiments chrétiens. Il a certainement de la considération pour ses esclaves et leurs familles, mais de là à les considérer comme personne à part entière… Ainsi Philémon et Onésime se considèrent-ils mutuellement, tel que la société qui les entoure, y compris la communauté chrétienne, les a toujours invité à se regarder. Comme souvent, pour provoquer une révolution de pensée, pour déstabiliser ce qui semble évident pour tous (on a toujours fait comme ça…), il faut un grain de sable. Onésime s’est échappé ! Tout le système est en péril ! Mais Onésime, dont on ne sait rien de son passé autre que sa condition d’esclave, a rencontré Paul dans sa fuite et s’est converti au christianisme. La question des rapports entre maître et esclave se pose soudain concrètement au cœur de la communauté chrétienne : Que faire avec Onésime et Philémon : un esclave et un maitre, deux frères en Christ ? Va-t-on organiser un Colloque ou un Synode où l’on papoterait beaucoup, on rédigerait un vœu avec une pétition a l’intention de Néron pour protester contre cette situation « intolérable et scandaleuse de l'esclavage..., etc. etc. » ? Néron aurait sans doute bien ri, il aurait envoyé tout de suite des sbires se saisir d'Onésime qu' on aurait flagellé de quarante coups au moins et peut-être supplicié tandis que Paul aurait dut payer une énorme amende. Et il est probable que l'Église de Rome en aurait eu beaucoup à souffrir, jusqu' à disparaître. Paul bien plus astucieux tente une autre réponse. Il commence par renvoyer Onésime chez Philémon, avec une lettre : l‘esclave chrétien chez le maître chrétien. La lettre de Paul à Philémon, cette page de la bible n’est pas un plaidoyer contre l’esclavage, -ne faisons pas dire au texte ce qu’il ne dit pas-, mais il est une occasion de mettre en pratique la parole de vie reçue : la bonne nouvelle de l’évangile libère face à une situation concrète de l’existence. Il est soudain donné à l’Église de ce siècle l’occasion de mettre en cohérence ses actes et sa foi. L’Église, c’est ici Paul, Onésime et Philémon… et toutes celles et ceux qui se mettent à l’écoute de la bonne nouvelle de l’évangile contenue dans ce témoignage. Paul ne s’attaque donc pas à la structure politique de l’empire. Dans le NT, on ne trouve pas de remise en question de l’esclavage. Les chrétiens étaient soucieux de ne pas mettre en péril l’ordre et l’économie de l’empire. Paul s’adresse à son frère, son ami Philémon avec qui il partage la même foi. Mais en demandant tout simplement à Philémon de changer de regard sur Onésime et de l’accueillir, non plus comme un esclave, non plus comme un objet utile, non plus comme une non personne, mais comme un frère dans la foi. Paul conteste vigoureusement toute forme de domination, toute forme d’oppression de l’être humain : « Tu prétends pratiquer l'amour envers tes frères ? Eh bien Onésime est ton frère ! Tu vas le recevoir comme un frère (comme si c'était moi). Tu vas lui rendre une pleine dignité d'homme, car comme pour toi, Jésus Christ est mort pour lui. Tu ne peux donc plus lui dire pendant l'heure du culte : « Ô Onésime, tu es mon frère! » et aussitôt rentré chez toi le considérer comme un tabouret ou une lampe à huile ou une babouche ! Tu vas le recevoir comme un homme et surtout comme un frère ». Et Paul, fait comprendre à Philémon que si Onésime rentre de son plein gré, ce doit être aussi de son plein gré que Philémon devra l'accueillir « comme un frère », en cohérence avec se foi. Philémon, « l’aimable », « l’agréable » qui accueille Onésime, « l’utile ». En somme, Paul n’a-t-il pas réussi à joindre l’utile à l’agréable ? Car d'après la tradition, on sait qu’Onésime fut plus tard évêque à Ephèse. Paul ne s’est pas lancé dans une vigoureuse dénonciation de l'injustice de la société de son temps. Concrètement, il a certainement obtenu au moins l'affranchissement d'un esclave ; mais surtout il a montré que pour les chrétiens et pour l'Église, tout en respectant les lois, l'une d'entre elles au moins est dépassée : la sacralisation des classes, des races et des espèces est périmée. Le droit divin n'existe plus là où justement on croyait le trouver. La nouvelle religion chrétienne n'admet plus le droit divin. Paul et l'Église font la preuve que ce que l'on croyait intangible, intouchable, « sacré », ne l'est pas du tout. La prédication de l'Évangile n'est pas une simple dénonciation verbale des rapports de domination entre les êtres humains, elle fait mieux : elle les dépasse, elle les mine, elle les ruine. Elle fait découvrir à un monde étonné que les hommes peuvent vivre autrement que dominés par ces empereurs-de-droit-divin, ces patrons-de-droit-divin, ce clergé-de-droit-divin, ces classes-de-droit-divin. La liberté selon Paul n’est pas un idéal philosophique : C’est la possibilité reçue par la grâce de Christ de réaliser un homme nouveau, une femme nouvelle. Cet homme, cette femme, est libre parce qu’il-elle est soumis à Dieu et n’est plus empêtré dans les filets des forces du mal. Il est capable d’aimer (Ga 5, 13) comme il a été aimé. La liberté dont nous avons hérité en Jésus-Christ se voit par des actes concrets qui sont le témoignage de la liberté reçue. La liberté des enfants de Dieu déplace au-delà des rapports maîtres-esclaves. Il n’y a plus ni juifs ni grecs, ni esclaves ni hommes libres, mais une nouvelle communauté placée sous le regard de Dieu, où tous sont « un en Christ », frères et sœurs en Christ. C’est parce que tu as remis ta vie entre les mains de Jésus, c’est parce que tu as reçu ta vie des mains de Jésus que tu peux recevoir la vie de ton frère comme un don. Tu peux t’affranchir des conventions sociales et des traditions qui l’enferment. Tu peux changer le regard dans lequel tu l’enfermes et découvrir qu’il est ton frère en Christ. Cette parole s’adresse au maître comme à l’esclave, à toi comme à moi. Vous aller me dire : il est idéaliste ce pasteur ! Si c’était aussi simple les relations dans l’église et la société, depuis 20 siècles les choses n’auraient-elles pas changées ? Comme nous l’avons déjà dit, il faut du temps pour changer les structures et faire disparaître une violence structurelle. A partir d’un système complexe qui fonctionne, même sur avec des injustices, on demande à celle et ceux qui en sont acteurs de changer leur mode de pensée, de fonctionnements, d’organisation… Ça ne peut que prendre du temps, c’est un travail incessant à tous les nouveaux de la société, un ouvrage sans cesse à remettre sur le métier. Peut-être avons nous peur ? peur de changer de relations, peur de renoncer au pouvoir que nous exerçons sur les autres, peur de prendre un autre chemin ? La même peur d’être bouleversé qui habitait l’empire romain : Comment renoncer à dominer sur la moitié de l’humanité ? Renoncer à son pouvoir, c’est s’affaiblir, c’est devenir vulnérable, ne plus maîtriser son destin. Chers amis, cette peur est bien réelle, ne la nions pas ! Elle est tout aussi réelle la même peur du Christ à Gethsémani… et tout aussi réelle est la victoire du Christ au matin de Pâques ! Jésus nous a rendu libre ! Libres de prendre résolument le chemin incertain de la justice. Libres d’oser de nouvelles voies. Avance ! nous dit-il : je suis avec toi jusqu’à la fin de ta peur. Puissions nous par nos efforts inlassables au service travailler à ces changements, changements des structures, tout autant qu’aux changements des cœurs, à commencer par notre propre cœur. Amen.
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